
Yann Savidan
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Des mots et des couleurs
L'ÉCRITURE
Depuis plus de dix ans, je consacre une bonne partie de mon temps libre à l’écriture. Dix années de pages noircies, de personnages inventés ou rencontrés en chemin, d’histoires qui ont pris naissance dans un coin de ma tête avant de s’installer durablement dans ma vie. Dix années au cours desquelles j’ai connu un bonheur intense, parfois même inexplicable, celui de sentir une histoire grandir en moi, prendre forme, m’échapper presque, jusqu’à devenir suffisamment vivante pour que je puisse la coucher sur le papier.
Je n’ai jamais considéré l’écriture comme une contrainte. Je lui ai offert, librement, sans compter, des heures et des heures de mon temps. Des matinées commencées dès cinq heures, dans un silence que j'affectionne, et même quelques nuits presque blanches — pas comme mes pages, elles, qui se couvraient peu à peu de mots. Parfois j'étais, incapable de quitter mes personnages, pressé de connaître la suite de leurs aventures, impatient de découvrir où ils allaient m’entraîner. Car écrire, c’est aussi accepter de ne pas tout maîtriser, de se laisser surprendre par une réplique, un geste, une décision que l’on n’avait pas prévue. C’est parfois avoir le sentiment que les personnages prennent leur indépendance et qu’ils nous imposent leur vérité.
Mais avant d’écrire, il faut regarder. Écouter. Observer. Comprendre, ou du moins essayer de comprendre. Alors, je me suis mis à examiner les autres, à m’intéresser à leurs comportements, à leurs silences, à leurs contradictions. Je me suis attardé sur les visages croisés au hasard d’une rencontre, sur les conversations entendues dans un café, sur les attitudes qui trahissent ce que les mots cherchent à dissimuler. J’ai observé le monde qui m’entoure avec cette curiosité nouvelle que donne l’écriture, comme si la réalité, jusque-là familière, révélait soudain des détails qui m’avaient échappé.
Mes méninges étaient en permanence en ébullition. Rien ne semblait tout à fait anodin. Une émotion fugitive, un regard troublant, un sourire énigmatique, une parole prononcée à la légère pouvaient éveiller mon imagination. Je me surprenais à prolonger mentalement une conversation, à inventer un passé à un inconnu, à imaginer ce qui se cachait derrière une attitude ou un silence. Je me demandais ce qui avait pu conduire telle personne à agir ainsi, ce qu’elle taisait, ce qu’elle regrettait, ce qu’elle espérait encore. Et si, derrière cette apparente banalité, se dissimulait une histoire qui ne demandait qu’à être racontée ?
J’étais en éveil, constamment disponible. Je guettais le moindre indice susceptible de nourrir mon imagination. Comme un chasseur à l’affût, je repérais une émotion, un détail, une situation qui aurait échappé à un regard moins attentif. Puis, tel un prédateur, je m’en emparais, je la tournais et la retournais dans mon esprit, je la dépouillais de son apparente insignifiance pour tenter d’en extraire une histoire. Une phrase pouvait devenir le point de départ d’une nouvelle ; une rencontre, l’amorce d’un roman ; un souvenir, le décor d’une intrigue. Il suffisait parfois de presque rien pour que le réel bascule dans la fiction. Mon ami Jacques disait en parlant de moi "Il faut faire gaffe à ce que tu lui dis au Yann, parce que tu peux retrouver ça dans un de ces bouquins".
Et lorsque le point final arrivait, après des semaines, des mois parfois, je ressentais à la fois la satisfaction d’avoir mené l’histoire à son terme et une étrange nostalgie. Il me fallait quitter ces personnages qui m’avaient accompagné si longtemps, abandonner leurs voix, leurs habitudes, leurs secrets. Mais je savais aussi qu’ils ne disparaîtraient pas tout à fait. Ils resteraient quelque part en moi, comme les témoins d’une aventure partagée.
Pendant plus de dix ans, j’ai ainsi vécu avec cette faim d’écrire, cette curiosité insatiable, ce besoin de capter ce que les autres ne voient pas toujours. Je croyais avoir trouvé là mon territoire, mon espace de liberté, ma façon d’habiter le monde. Je ne savais pas encore que d’autres aventures m’attendaient, non plus blanches, mais offertes à la couleur.
LA PEINTURE ACRYLIQUE
Cela m'est tombé dessus comme un véritable coup de foudre. Vous voyez ce que je veux dire je suppose. Plus jeune, j'avais fait quelques toiles, quelques aquarelles aussi. À quatorze ans je m'amusais à croquer les Poulbots devant les marches du Sacré-Cœur ou dans les rues de Montmartre.
Vous trouverez dans les jours qui viennent quelques-unes de mes inspirations abstraites. Je pourrais très bien faire quelques paysages marins, mais le plaisir n'est pas total. Je souhaite désormais m'éclater avec mes couleurs, sans contraintes et en toute liberté. Tant qu'il nous en reste un peu, je l'utilise à fond.
Je souhaite que mes travaux de peinture vous apportent autant de plaisir que j'ai à les réaliser.